La Nouvelle-Aquitaine affine sa politique de soutien aux tiers-lieux

En franchissant le cap des 300 tiers-lieux ouverts, la Région Nouvelle-Aquitaine a atteint son objectif. « Par leur nombre, 315, mais aussi par leur répartition géographique, nous avons plutôt bien réussi le maillage du territoire, même s'il reste encore quelques zones à couvrir », se félicite Mathieu Hazouard, conseiller régional délégué aux enjeux numériques. En Corrèze, dans la Vienne ou en Dordogne notamment, le conseil régional souhaiterait voir des porteurs de projet se manifester. Car son ambition est qu'aucun habitant ne se trouve à plus de 20 minutes en voiture d'un tiers-lieu. Un objectif initialement fixé pour 2020 avant d'être décalé par la crise sanitaire.

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Le défi des tiers-lieux ruraux

L'enjeu est en effet de taille. Espaces de mutualisation de bureaux, d'ateliers ou d'outils de travail, les tiers-lieux favorisent également l'hybridation des activités et la coopération autour de collectifs de citoyens, dynamisant le développement économique et social des territoires. « Ce sont des lieux de vie qui participent à ce que certaines communes ne se sentent pas abandonnées », veut croire l'élu régional.

La collectivité accompagne plutôt les tiers-lieux ruraux que ceux installés dans les grandes agglomération, dont le modèle économique est plus robuste. De fait, plus de la moitié des tiers-lieux néo-aquitains sont implantés en milieu rural, selon le panorama dressé par la Région en 2022. Et les utilisateurs vivent à une distance oscillant entre 5 et 43 minutes de l'espace qu'ils fréquentent.

Cliquez sur l'image pour l'agrandir. La carte des 315 tiers-lieux de Nouvelle-Aquitaine (crédits : Région Nouvelle-Aquitaine).

Après l'implantation, la consolidation

Si l'Aquitaine accompagne l'installation de tiers-lieux depuis 2011, un coup d'accélérateur a été donné depuis la fusion des régions. Entre 2016 et 2021, 10 millions d'euros y ont été consacrés, tant par les directions du numérique et de l'ESS (économie sociale et solidaire) que par la DATAR (Délégation à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale, l'outil de conseil et d'accompagnement du conseil régional au service des territoires). Cette politique représente encore un million d'euros dans le budget 2023. « Nous soutenons plus de 50 % des tiers-lieux de la région, avec une aide moyenne de 40.000 à 45.000 euros sur deux ans, représentant un effet levier de 40 % à 45 % du projet total », détaille Eugénie Michardière, chargée de mission tiers-lieux pour le conseil régional. Des conseils sont également fournis par les services de la Région ou la Coopérative des tiers-lieux, une société coopérative d'intérêt collectif (SCIC), partenaire de la collectivité depuis douze ans sur ces questions.

C'est cependant moins sur le nombre de tiers-lieux, que sur le renforcement de leur ancrage territorial, leur professionnalisation et la consolidation de leur modèle économique qu'entend peser le conseil régional. C'est d'ailleurs tout l'objet de l'appel à manifestation d'intérêt (AMI) lancé en 2022 et ouvert jusqu'au 1er septembre 2024. Alors que la Région vient de voter une version enrichie de sa feuille de route Neo Terra pour accélérer la transition écologique et énergétique, elle marque un intérêt tout particulier pour les projets de tiers-lieux nourriciers, basés sur de nouveaux modes de production agricole. Priorité est également donnée à l'artisanat et au partage de savoir-faire dans ce domaine. Ou encore à l'expérimentation, dans le numérique par exemple.

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En faire des lieux de compétences

Autre axe : celui de la formation, avec le constat que dispenser des formations dans les tiers-lieux peut en faciliter l'accès aux personnes sans solution de mobilité ou qui n'ont aucune appétence pour l'apprentissage.

« Il y a un enjeu stratégique de transformation de l'offre pédagogique. Les tiers-lieux ont une pratique informelle de partage des savoir-faire et des compétences qui pourrait inspirer les organismes de formation qui se heurtent à des problématiques de recrutement des stagiaires. Une coopération entre ces acteurs serait de nature à faire bouger les lignes pédagogiques », appelle de ses vœux Eugénie Michardière.

La collectivité se place en cela dans les pas du volet « Tiers-lieux » du plan national de transformation et de digitalisation de la formation, porté dans le cadre de France Relance et doté de 50 millions d'euros répartis dans le cadre d'appels à projets régionaux. Le développement de l'activité de formation, manne non négligeable, constitue en tout cas une piste sérieuse pour consolider le modèle économique des tiers-lieux, qui reste encore fragile. Comme ailleurs en France, beaucoup de tiers-lieux néo-aquitains sont en effet tout juste à l'équilibre (45 %) quand un tiers d'entre eux affiche un bénéfice et 26 % un déficit. Pour l'heure, la location d'espaces de travail, les adhésions et cotisations suivies des subventions publiques représentent leurs trois principales sources de financement.

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