La biotech Fermentalg porte sa trésorerie à plus de 20 millions d'euros pour sécuriser son futur

La société innovante Fermentalg, à Libourne (Gironde), cotée en bourse, a annoncé, ce mercredi 15 mars, avoir levé 6,3 millions d'euros par le biais d'une émission obligataire contractée auprès de quatre investisseurs, dont Vester Finance, qui a conseillé et structuré l'opération, et souscrit à l'émission obligataire. Le PDG de l'entreprise, Philippe Lavielle, préfère ne pas dévoiler l'identité des trois autres intervenants. Cette levée de fonds vient en quelque sorte compléter la subvention de 4,4 millions d'euros attribuée par Bpifrance en décembre dernier à Fermentalg dans le cadre du 4e programme d'investissements d'avenir du plan « France 2030 ».

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Fermentalg est centré sur la production d'acide gras DHA (DHA Origins) très riche en oméga-3 via la culture de microalgues (assimilables au phytoplancton) et a mis au point l'un des deux seuls colorants alimentaires bleus naturels au monde, baptisé Blue Origins, toujours à base de microalgues. Un nouveau produit en cours de développement industriel en association avec le marchand de couleur alimentaires américain DDW (groupe Givaudan). Par ailleurs, Fermentalg développe une méthode biologique de capture du dioxyde de carbone en association avec Suez, dans le cadre de leur filiale commune CarbonWorks et poursuit la recherche de nouvelles variétés de microalgues.

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"Cela fait des mois que nous préparions cette émission obligataire"

« En juin 2022, nous avions 15 millions d'euros de cash et là nous sommes à plus de 20 millions d'euros. Cela fait des mois que nous préparions cette émission obligataire. Car nous avons pu voir dès septembre 2022 que notre titre était chahuté en bourse malgré de bons fondamentaux. C'est alors que j'ai compris que la situation macro-économique allait continuer à s'aggraver et que j'ai décidé de préparer cette émission obligataire. Afin de pouvoir faire face à 2023 », résume en substance pour La Tribune Philippe Lavielle.

Bien lui en a pris puisque la dernière rafale d'informations financières en provenance des Etats-Unis, avec la faillite de la banque SVB, puis de la Confédération helvétique, avec l'aggravation de la situation de Crédit Suisse, une des plus grosses banques européennes, déjà malade depuis des mois, ont non seulement déclenché un début de panique dans les marchés financiers mais incité aussi les investisseurs à tirer encore plus fort sur le frein à main.

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Forte hausse du CA pendant trois trimestres

Philippe Lavielle n'exagère pas quand il soutient que Fermentalg a suivi une trajectoire positive en 2022, puisque l'entreprise a fini l'année avec un chiffre d'affaires en hausse de +36 %, à 7,6 millions d'euros. Si l'impact de la crise ne passe pas inaperçu, l'entreprise a bien résisté : au moins en terme d'activité puisque l'évolution de son bénéfice n'est pas encore connue. En très forte hausse sur les trois premiers trimestres 2022, à +67 %, le chiffre d'affaires de la startup a terminé son quatrième trimestre un ton au-dessous des neuf premiers mois.

L'à-coup subi en fin d'année, qui a permis de sonner l'alerte générale, est très net puisqu'au quatrième trimestre le chiffre d'affaires, à 1,5 million d'euros, a chuté de -21 % sur un an (1,9 million d'euros à la même période en 2021). Cette baisse s'explique en partie par le décalage d'une commande de 400.000 euros, déplacée du quatrième trimestre 2022 au premier trimestre 2023. Mais Philippe Lavielle revient sur le détail des mauvais coups subis par l'entreprise en 2022.

« Nous avons recours à la fermentation pour cultiver les microalgues. Un processus qui nécessite du sucre et donc l'achat de sirop de glucose aux céréaliers. Début 2022 le glucose se négociait à 280 euros la tonne, contre 1.000 euros en fin d'année. En 2023 la fièvre devrait commencer à retomber en cours d'année, autour de 600 ou 700 euros la tonne. Mais en 2022 les prix de l'énergie ont aussi été multiplié par près de cinq. Autant de contraintes qui ont pesé malgré notre dynamisme », calcule le PDG.

Une trésorerie garnie pour tenir jusqu'à 2025

Un contexte très chahuté qui n'a pas pris le PDG par surprise. Alors qu'une nouvelle vague d'inquiétude sur la solidité des banques gagne les marchés financiers tout en épargnant la Banque centrale européenne (BCE), qui a décidé ce jeudi de relever encore ses taux directeurs pour lutter contre l'inflation, Philippe Lavielle s'est assuré à sa façon. Sans cacher avoir été apostrophé par un actionnaire qui voulait savoir si Fermentalg avait ou pas des actions SVB.... ce qui n'est pas le cas confirme Philippe Lavielle avec force.

« Cette intervention de Bpifrance puis l'émission obligataire nous apportent une trésorerie qui va nous permettre de tenir pendant deux ans sans problème. Avec les tensions qui se sont accumulées l'an dernier, les petites et moyennes entreprises innovantes comme Fermentalg ont vu leur valorisation boursière fortement sous-cotée », déplore le PDG.

Et c'est bien pour ça qu'il a décidé de se donner les moyens de faire face.

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